Un an de voyage... Et Bonne Année !

Mis à jour : févr. 5


En route vers le Sud - Savignone

Pluie sur notre tête et pluie dans notre cœur… Nous avons quitté la ferme de Rubay et Tina la veille , une séparation lourde et difficile, bien que nous sommes sûrs et certains d'y revenir un jour. L'hiver commençait à geler le pas de notre porte, la neige n'allait pas tarder, impossible de rester à moins d'y passer tout l'hiver. Et puis l'appel du voyage sifflait comme une petite voix dans notre tête, nous ne sommes pas au bout de l'aventure. Malgré cela, la déchirure est sans pareille, non pas que les "au revoir" soient comparables, c'est juste qu'on avait l'impression d'avoir trouvé un nouveau foyer. Et on ne s'était pas trompé. "Vous êtes ici chez vous, revenez quand vous voulez pour autant de temps que vous souhaiterez", c'est rare autant de générosité, c'est pas souvent qu'on ouvre autant son cœur. On a d'ailleurs le sentiment d'y laisser une petite part de nous-mêmes, mais de repartir avec un petit bout d'eux. Un petit bout d'amour qu'on a bien l'intention de choyer et de faire pousser jusqu'à ce qu'on se retombe dans les bras, un jour où l'autre, quand l'univers l'aura décidé. Pour l'instant on se sent un peu ballotés, un peu malmenés, par nos émotions, par le froid, par la morsure de l'absence. Alors on se tient chaud, on se blottit en se racontant des histoires, en dégustant des bonnes choses, en se câlinant autant qu'il faut pour que nos cœurs se réconfortent, mutuellement.

Levanto 

Réveil sur les hauteurs d'une petite ville on ne peut plus charmante, Levanto. Après les trombes d'eau tombées cette nuit, le tonnerre qui a grondé au loin, les grelons qui ont mitraillé le camping car au petit matin, le soleil est enfin de retour. Il trône au milieu du ciel bleu, sa chaleur guérit notre humeur, cela fait un bien fou. La nostalgie des amis quittés récemment était encore si intense hier, on avait bien besoin de réconfort. Alors on se prépare pour une balade dans les rues colorées de Levanto. Et comble du bonheur, on retrouve la mer au bout d'une ruelle. Des dizaines de surfeurs escaladent les vagues encore puissantes de la tempête passée, on les observe dans leur combat contre le courant. Au bout de leurs efforts, les voilà debouts, prêts à chevaucher l'eau comme des guerriers marins.

La promenade le long de la plage est bordée de manoirs de toutes les couleurs, leurs façades sont prises d'assaut par le lierre rougi par la saison. L'application Geocaching clôture notre excursion, on découvre une cache au pied de la chapelle San Andrea. Les enfants deviennent experts en chasse au trésor. Sur notre trajet retour, un magasin pour animaux de compagnie nous permet de gâter notre ami fidèle, un collier et des os à ronger pour notre compagnon à quatre pattes. Lucky aussi a besoin de se remonter le moral, fini les copains pour jouer tous les jours jusqu'à l'épuisement…

Vers les sources chaudes Saturnia

L'humidité gagne l'habitacle de notre cher camping car, à cause de la pluie qui ne veut cesser de tomber, à cause de nos vestes et chaussures mouillées qui tentent de sécher, à cause de la condensation de nos 5 respirations jour et nuit… Un combat que nous décidons d'entamer à coup de chauffage et de fenêtres ouvertes malgré la dizaine de degrés à l'extérieur. Mais où est le soleil ? Le Maroc nous manque !!! Alors on poursuit notre route plein Sud, en espérant davantage de sécheresse malgré l'hiver. Rubay nous avait parlé de sources chaudes, en Toscane, les cascades Saturnia. En chemin, nous découvrons les paysages typiques de la région, des collines soigneusement cultivées, dont les rangées de vignes ou d'oliviers dessinent des lignes de fuite dont la perspective fait rêver. Des files de cyprès colonisent l'horizon, de temps en temps, un petit village au façades pastel surplombe la vallée. La route est plus facile, fini les cols de montagne, les pentes sont douces, les tournants sont larges, de quoi nous laisser le temps de déguster la vue. Enfin arrivés sur le site des sources, c'est la déception… On se voyait déjà se baigner dans l'eau à 39 degrés, en dépit d'une température extérieure trop fraîche. On découvre l'endroit on ne peut plus boueux. Des barrières bloquent l'accès, on devine les bassins au loin, l'eau est brune et trouble, bien loin de ce que les photos nous avaient laissé espérer. Il faut croire qu'ici aussi le ciel n'a pas pu se retenir.

On ne désespère pas !

Traversée du Latium, au milieu de ses collines boisées qui ont revêtu leur manteau orange et jaune. De temps en temps, un village est perché sur le sommet de l'une d'entre elles, on dirait un château de maisons tant elles ont l'air de tenir toutes ensemble. Le soleil perce régulièrement entre les nuages, l'humidité diminue de jour en jour. Vive la route du sud !

Termoli

En cette fin novembre, on a retrouvé l'été. Nous avons roulé toute une journée en laissant le froid, l'humidité et les montagnes des Abruzes derrière nous. Nous sommes arrivés sur la côte Est, au bord de l'Adriatique, tout au Nord des Pouilles. La mer est à 50 mètres de notre emplacement, le sable est chaud et lourd, la température avoisine les 20 degrés en journée. Et puis on a retrouvé le soleil et le ciel bleu, ils nous avaient manqué ! Du coup, grand nettoyage du camping car, de la soute au toit. On l'aère enfin, il en avait bien besoin. 

Après nos tâches saisonnières et quotidiennes, balade sur la plage, château de sable, pieds dans l'eau et course poursuite avec le chien. Un air de vacances souffle sur la famille. Bien sûr on pense toujours à la ferme quittée deux semaines plus tôt, on a de leurs nouvelles, ils nous manquent. Mais sans se mentir, la saison nouvelle aide à faire passer la nostalgie. 

Un matin, un chocolat chaud entre les mains, on part observer le lever du soleil. Assis sur un bois flotté, on l'attend en nous délectant de notre boisson sucrée autant que des couleurs chaudes qui envahissent déjà le ciel. Et puis le voilà enfin, il s'extirpe de l'horizon là où la plage touche la mer. Un grosse boule orange qui fait son apparition et qui réchauffe l'atmosphère. "Non ce n'est pas le soleil qui se lève ! C'est la Terre qui a tourné !". Il y en a un qui a retenu ce qu'on lui a expliqué… 

Le soir, on teste pour la première fois le brasero que Laurent a construit à la ferme sur base d'une bouteille de gaz. Il a intégré une grille de manière à en faire un four quand on lui remet son couvercle. Alors la pâte à pain est prête, elle attend bien au chaud que les flammes deviennent des braises. Tout excités, on installe notre première production dans son moule et on attend. Après une heure d'attente et d'histoires autour du four, notre pain est prêt !! Délicieux, un petit goût de feu de bois. Il a bien levé et cuit dedans comme dehors. La fierté nous envahit !

Pineto

Un an de voyage… Ce 28 novembre, cela fait un an que nous avons pris la route, que nous avons quitté le connu pour l'inconnu, que nous avons réalisé un rêve pour lequel nous avons tant travaillé. Du soutien, du questionnement, de l'amour, de l'énergie sont autant de cadeaux que nos proches nous ont généreusement offerts sans rien attendre en retour que notre bonheur. Se peut-il que la vie soit aussi généreuse ? Se peut-il que l'univers conspire autant à aider ceux qui choisissent leur destin ? La gratitude ressentie est un sentiment tellement délicieux… 

Alors pour célébrer l'anniversaire de notre liberté, on décide de s'offrir un petit resto. On trouve une petite cantine italienne qui ne paye pas de mine mais qui nous propose des gnocchi et des raviolis maison, un délice. On se met à partager ce que le voyage nous a apporté jusqu'ici. 

Léa : "J'ai plus confiance en moi. J'ai confiance en le monde." 

Gab : " Je me sens plus libre que jamais. Vous me faites plus confiance. J'apprends ce que je veux. Je me connais mieux." 

Lau : "Je suis heureux qu'on vive tous ensemble, quand je travaillais tout le temps, je ne vous voyais pas beaucoup. Maintenant, j'ai l'impression de vous avoir redécouverts. J'aime la liberté que je ressens, elle n'a pas de prix pour moi." 

Cécile : "J'ai découvert que j'adorais par dessus tout rencontrer des gens, ouvrir mon cœur et lire dans le leur. Je sais aussi que quand on rentrera, ce ne sera plus jamais pareil. J'aurai tout cet apprentissage en moi, pour toujours." 

Au fil de la soirée, de nos partages, on parle beaucoup de GrandMaa, cet endroit où nous avons passé un peu plus d'un mois et où l'hiver approchant nous avait arraché la décision de partir. Quelque chose d'inachevé semble se dessiner de notre expérience là-bas, chacun exprime un projet, un apprentissage, une sensation qui est resté en suspens. Se pourrait-il qu'on y retourne plus tôt qu'on ne pensait ? On vient de passer quelques jours au bord de la mer, à retrouver les plaisirs de la plage et d'une météo plus estivale et pourtant, l'idée d'un hiver froid et neigeux nous tente. Plus encore, l'idée de poursuivre une aventure commencée là-haut et peut-être quittée trop tôt. Qu'est-ce qui nous empêcherait d'y retourner ? La neige, si elle est déjà là, mais on sait que ce n'est pas encore le cas. Le froid dans le camping car, mais on a un chauffage qui fonctionne bien et la possibilité de dormir à l'intérieur si vraiment notre petite maison mobile ne s'y prête plus… Plus on y pense et plus notre cœur nous invite à reconsidérer notre décision.

Porto Recanati

Remontée de la côte Est, l'océan Adriatique sur notre droite, depuis un moment déjà. Le ciel reste bleu, les nuages rares, la pluie absente. Les couleurs du matin n'ont pas de prix, elles traînent dans le ciel et font la grasse matinée, offrant leur chaleur et leur beauté de leur mélange rosé à tous ceux qui voudront bien se lever. Où que l'on se gare, la mer est toujours au bout de la rue ou du chemin, c'est agréable de la savoir toute proche, la plage en guise d'éternel terrain de jeu. 

Les enfants préparent l'arrivée de Saint-Nicolas, il passera, même en Italie. Ce n'est pourtant pas la coutume mais on peut bien en emporter quelques unes des nôtres en voyage. Ici, c'est déjà Noël. Les décorations sont sorties dans les rues et les vitrines. En visitant la vieille ville de Fermo, nous sommes tombés sur un petit marché de Noël. Classique, petits chalets de bois, odeurs de gaufres, guirlandes lumineuses, bonnets, écharpes et patinoire en son centre. On s'est baladés avec un sentiment de 'déjà vu', ça change nos habitudes !

Recanati

Nous avons finalement pris la décision de remonter vers GrandMaa. L'envie d'avoir une famille élargie pour Noël, l'envie d'approfondir une expérience peut-être quittée trop tôt, l'envie de poursuivre des projets entamés là-bas... et surtout l'envie de prolonger les extraordinaires moments passés ensemble. Cependant, nous avions promis que nous passerions prendre livraison d'un accordéon pour notre amie Marie lors de notre remontée alors nous y voilà, postés devant la petite fabrique Castagnari, prêts à découvrir comment ces magnifiques instruments sont montés. L'accueil est plus que chaleureux, plusieurs travailleurs parlent français dont notre guide. L'entreprise a débuté avec son grand-père et s'est transmise aux oncles, cousins, fils, filles et petits-enfants. Sur la vingtaine de personnes qui y travaillent, seules trois ne sont pas membres de la famille. Nous découvrons avec avidité les différents ateliers, on nous explique précisément les étapes de montage, les machines utilisées, les matériaux.

Chaque instrument est fait principalement de bois bien évidement, mais pas n'importe lequel. Un accordéon n'accueillera le bois que d'un seul arbre (un cerisier par exemple) car chaque arbre a sa propre intention, sa propre tension, son propre espacement entre les fibres. Pas question de mélanger les arbres quand bien même ils auraient grandi côte à côte. Il y a trois étapes de ponçage, avec un grain de plus en plus fin. Les boutons sont en nacre et le tissus feutré dessous en cachemire. On observe un homme en train de les aligner avec une précision indétectable à nos yeux d'amateurs. Ils nous montrent également comment ils sont accordés, comment fonctionnent les anches à l'intérieur. Sachant qu'un instrument contient près de deux milles pièces (en comptant toutes les vis et écrous), l'assemblage est une longue chaine de patience et de minutie. De plus, chaque instrument est unique, l'acheteur ayant le choix du bois, des décors, du nombres d'octaves et de la taille de son soufflet. On termine la visite avec un petit brin d'histoire...

L'accordéon n'était pas un instrument à la base mais un outil d'accordage, comme son nom l'indique. Il ne possédait que cinq boutons qui permettaient d'accorder la plupart des instruments. Puis les femmes se sont mises à l'utiliser pour accompagner leurs chants, de manière à avoir des notes de référence. Il n'a pas fallu très longtemps ensuite pour que quelqu'un décide d'en faire un instrument à part entière. Et le voilà l'instrument que nous sommes venus chercher, flambant neuf, trois rangées à droite et douze basses à gauche. Je me fais un plaisir de l'essayer et son chant est magnifique...



Retour au Nord

Plus les kilomètres défilent, plus les degrés descendent, plus l'impatience grimpe dans l'habitacle. On va retrouver nos amis ! Ils seront absents à notre arrivée et cela les arrange bien car nous pourrons prendre soin des chiens qui sont restés au foyer. Quatre jours en République tchèque pour permettre à Ikka (un bouvier bernois) de devenir maman pour la deuxième fois. On arrive donc comme si nous n'étions jamais vraiment partis. Un mois après notre séparation, nous voilà bientôt à nouveau réunis. Et leur retour est synonyme de fête ! Entre temps, Saint Nicolas a bien gâtés nos deux têtes blondes, circuit de billes et matériaux de tissage, chacun est occupé à ses passions. Plus les jours défilent, plus les raisons de notre retour semblent s'accumuler. Nous qui avons le projet d'avoir notre propre terrain à cultiver un jour, expérimenter l'hiver en autonomie est une aventure à vivre en conscience. Les enfants améliorent leur anglais quotidiennement. Et puis plus on s'approche de Noël, plus le monde afflue vers la ferme, des amis qui sont souvent d'anciens volontaires, de la famille, de nouvelles connaissances, chacun est accueilli avec la même chaleur, la même ouverture. Comme quoi, on ne doit pas toujours être sur la route pour faire de nouvelles rencontres, pour ouvrir nos horizons et nos coeurs.


Nous terminons ce post par vous souhaiter à tous un très très joyeux Noël et une merveilleuse année nouvelle, qu'elle vous donne la force et l'envie d'aller au bout de vos rêves, d'en faire germer de nouveaux, de faire vibrer votre réalité jusqu'à le sentir dans vos tripes, et puis d'aimer un maximum...

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