Portugal : les plages


Un matin, comme souvent, Gabriel vient se blottir près de nous, tout chaud de son sommeil, et contre notre oreille il dit : Je me sens libre. L'explosion cardiaque qui s'en suit est sans précédent, une joie profonde nous embrase. Que doit-on attendre de plus de la vie ?

Depuis quelques jours, nous vivons à la ferme, travail quotidien et très instructif. Mais avant cela, à notre retour de Belgique, nous avons pris notre dose de plages et de vagues. En voici les récits...


Plage de Bella Vista, au sud de Lisbonne

C'est le printemps depuis hier, pourtant nous avons l'impression d'avoir sauté une saison. Le soleil chauffe l'atmosphère jusqu'à atteindre 26 degrés, impression très estivale. Sur cette plage de sable fin, si fin qu'il est comme une caresse sur la peau, notre peau se dore d'une couleur caramel. Les cheveux des enfants semblent blondir à vue d'œil. Les combinaisons ne sont presque plus nécessaires aux baignades, mais l'Atlantique garde sa fraîcheur alors nous restons fidèles à nos costumes de super-héros. Par contre, une fois sortis de l'eau, on sue à grosses gouttes alors on se déshabille et on se laisse sécher sous les rayons rassurants. Départ en promenade dans les dunes, la planche de surf devient une luge pour les dévaler. De retour sur la plage, Léa dit : “il est tout nu le monsieur là-bas, non ?”. On regarde autour de nous et la conclusion est rapide, on vient de débarquer en zone naturiste. Explosion de rires et demi-tour gêné, nous voilà en cavale le long des vagues.


Lagune de Sesimbra

“J'aime bien la plage mais j'ai envie de forêt !”, annonce Gab ce matin lors d'une promenade dans les dunes. Penchés sur la carte, on cherche un endroit qui pourrait convenir, on repère une lagune à une dizaine de kilomètres au sud. Bordée par une pineraie, l'étendue d'eau calme accueille une faune et une flore très variée. Toutes sortes de roseaux longent la rive, leurs tiges traversant la surface comme des antennes vers le ciel, régulièrement ils s'écartent offrant une petite mise à l’eau. On part explorer les rives, de l'eau jusqu'aux genoux, et on peut aller loin avant de mouiller son short, la lagune s'avère peu profonde sur plusieurs mètres. L'eau translucide permet l'observation de tous ses petits habitants ; têtards, crabes, crevettes. Goélands et échassiers ont de quoi se nourrir vu la quantité de poissons que l'on voit effleurer la surface. Des barques de pêcheurs attendent leurs propriétaires, arrimées à des bouées. Un homme passe debout sur son paddle, une rame à la main, il traverse la lagune comme s'il marchait sur l'eau.

Plus tard dans la journée, les arbres sont assiégés par les cabanes des enfants, l'ombre fait du bien. La variété de l'environnement est un pur bonheur, il y en a pour tous les goûts et toutes les envies.

Le lendemain, quelques nuages de coton blanc ont fait leur apparition dans le ciel azur. Le vent s'est levé, il rafraîchit agréablement l'atmosphère. On voit les barques qui dansent sur la lagune, à un rythme régulier, se prenant pour des berceaux. Laurent a entrepris de construire une douche extérieure, qui vient se greffer sur le robinet intérieur et qui passe par la fenêtre. On le voit user de toute son ingéniosité pour adapter le morceau de tuyau au diamètre du robinet. Il fait chauffer le caoutchouc et y insère petit à petit un bouchon de bouteille afin d'agrandir l'embout qui viendra recevoir l'eau. A l'autre extrémité, bidouillage de raccords qui accueillent une douchette récupérée on ne sait plus où.

Léa est plongée dans son Science&Vie alors que Gab explore la lagune à genoux sur la grande planche, une rame à la main. Chacun dans son monde, se créant ses propres souvenirs.

Au détour d'un roseau, Gabriel repère une petite fille qui s’amuse à éclabousser son père. Il approche sa gondole et tapote la surface derrière lui, signe qu'il l'invite à monter à bord. Un grand sourire et elle saute sur la planche et le voilà qui repart explorer les rives avec sa nouvelle passagère, fier comme un pilote. Son père s'approche de nous et nous discutons en couvant notre marmaille du regard. Il est hollandais, sa femme est portugaise, ils vivent à Lisbonne. Nous passerons toute la fin d'après midi en leur compagnie. Récits de voyages, de rencontres, de projets, et nous voilà au contact de nouvelles visions du monde. Pendant que les enfants grimpent aux arbres et jouent au freesbee, pendant que nous tissons de nouveaux liens, la journée se termine sans que l'on s'en rende compte. La lumière diminue, le temps fraîchit et l'univers nous offre à nouveau un sublime coucher de soleil. Sur la lagune, les barques deviennent des ombres noires qui flottent sur le dégradé rougeoyant dont la surface de l’eau s'est drapée. C'est devant ce spectacle que pointe le moment de la séparation, ils rentrent à Lisbonne et nous proposent de rester en contact, pourquoi ne pas retourner à la capitale un de ces jours et la visiter en leur compagnie ? Les enfants sont déjà emballés, et les parents aussi…


Plage de Figueirhina

Un peu plus au sud encore nous accostons au bord d'une plage isolée en flanc de falaise. Loin de la ville, où même d'un village, elle semble seule sur cette partie de la côte, à l'ouest de Setubal. Pas très grande et bordée de rochers dont certains ont osé aller jusqu'à la mer, au bonheur des enfants qui en font de parfaits plongeoirs. L'unique parking n'accueille que quelques voitures et deux ou trois campings car venant de toute l'Europe. Nous sympathisons avec une famille allemande. Trois enfants dont le plus jeune n'a pas un an. Sarah parle parfaitement français grâce à la nationalité de sa mère et peut donc traduire les échanges entre enfants. Leurs deux filles aînées, Frieda et Lotte semblent ravies d'avoir de nouveaux amis pour jouer, inutile de préciser que Léa et Gabriel sont enchantés également. Nous passons la journée sur la plage, partageant du thé, des fruits et des histoires de famille. Jonas est ingénieur et travaille à la conception d'un parc éolien. Sarah est psychologue. Ils ont pris un congé parental, retapé un vieux camping car et sont partis à l'assaut du sud de l'Europe. Leur voyage touchera à sa fin en juin alors ils dégustent intensément les derniers mois. Ils ont passé la plus longue partie de leur aventure au Portugal et nous partagent leurs coins favoris. Ils reprennent la route dans l'après midi, rencontre éphémère, rencontre tout de même. Avec toute la richesse du partage qui va avec. C'est fou comme on se trouve toujours des points communs, au moins au niveau des valeurs. Mais quels qu'ils soient on se dit que même si chacun est unique, nous ne sommes malgré tout pas si différents. Mus par la même force de vie, quelle que soit la direction dans laquelle elle nous pousse, on cherche tous le bonheur ou ce qui lui ressemble le plus. On cherche tous à s'accomplir, à se trouver une place dans le monde, à aimer le plus possible et à découvrir plus encore. Alors quand on se quitte on se souhaite toujours le meilleur, quelle que soit la définition qu'on en a.

Le vent se calme après une nuit agitée, nous sommes déjà habitués à ce bercement et il enrichit désormais nos rêves. Sauf quand il est trop fort, alors son souffle fait trembler les sangles qui tiennent la planche de surf sur le toit et le rêve devient cauchemar, ou au mieux insomnie.

Pluie de rencontres au bord de cette plage qui nous héberge depuis quelques jours. Des italiens, originaires de Florence, un petit bambino d’un an dans les pattes, un couple franco-portugais en vacances dans la famille, une femme seule avec ses trois chiens... Tous des habitants plus au moins temporaires de leur camping-car, sur la route depuis une semaine ou une vie, tous dans l’émerveillement de cette liberté. La vaste étendue de sable compte des joueurs de volley et de rugby, partageant le même plaisir de se laisser chuter sur la surface douce, un sol indulgent, prêt à accueillir toutes les folies. Des couples qui s’étalent l’un sur l’autre, dorant au soleil, se sussurant à l’oreille. De courageux nageurs, dont nos enfants, qui dégustent la morsure froide de l’océan. Les pieds y goûtent, puis le corps s’en empare.

Courses poursuite sur la plage et paresse au soleil, on ne manque à aucune obligation. Fin de journée, Gabriel part assister au match de volley entre ados. Lorsque la balle sort du terrain imaginaire, il bondit pour aller la chercher et relancer le partie de loin. Plus tard un jeune l’invite dans son jeu, Léa avec, et les voilà en train de plonger vers un ballon de rugby qui fend l’air comme un obus.

Le soir ils s’endorment d’un sommeil lourd des dépenses de la journée, stockant de nouveaux souvenirs, créant de nouveaux rêves. Au réveil, ils démarrent plus motivés que la veille. “La vie n’attend pas, alors ne faisons pas attendre la vie.”


Plage des Galapinhos

Sacrée une des plus belles plages d'Europe, elle n'a pas volé son titre. Sable fin, eau turquoise, montagnes et falaises boisées tout autour. En ce jour de semaine, nous sommes presque seuls. D'énormes rochers se sont échoués sur la plage, les enfants en explorent chaque recoin, à la recherche des trésors abandonnés par la mer quelques heures plus tôt. Un petit laboratoire s'installe autour d'un rocher dont plusieurs petites cavités sont remplies d'eau. Nettoyage des pierres, rinçage des coquillages, observation de pinces de crabes, ils restent penchés sur leurs expériences durant des heures. Gabriel s'est trouvé un transat dans la roche et discute avec lui-même les yeux sur l'horizon. Heureusement pour nous, deux ou trois monstres de pierre offrent de l'ombre pour se reposer de la baignade. Ici plus de courageux qui tienne, tout le monde va dans l'eau, elle est fraîche mais c'est tellement bon sous le soleil brûlant. La guitare est venue avec nous, session chansons et transformations des textes, on adore.

Quelques chalutiers passent au loin, le bruit du moteur nous arrive faiblement. Sur la droite, le continent pointe vers l'océan et cette avancée rocheuse donne envie d'aller explorer. L'on imagine les jeunes sauter des falaises qui la bordent, plonger dans cette eau miroitante. L'on imagine des plongeurs qui vont admirer les fonds peu profonds, tuba et masque bien sanglés.


En route vers le nord, vers d'autres aventures...

Après quelques semaines de découverte du Portugal, en mode plage, farniente et rencontres en tout genre, nous voilà prêts et envieux de découvrir autrement. Nous sommes inscrits depuis le début de notre voyage sur un site de volontariat. Nous avons donc pris le temps de le fouiller un peu plus en profondeur et nous avons pris contact avec une ferme pratiquant la permaculture et l'élevage d'animaux dans un cadre forestier et montagnard. Nous partons à leur rencontre dans l'espoir de pouvoir travailler et apprendre à leur contact. La famille est toute excitée à l'idée de ce nouveau projet.

La route par les nationales est agréable, bordée d'arbres, de prairies, de petits villages aux façades colorées et d'autres à l'air abandonnées. Nous nous sommes garés la veille dans un petit village à l'est de Setubal, sur une place organisée autour d'un chêne au moins bicentenaire, magnifique, majestueux même. Les ramifications de ses branches rappellent notre système circulatoire, des artères et des veines qui se distribuent des plus importantes aux plus fines, comme le plan d'un réseau fluvial, avec ses fleuves et ses rivières. Il forme un gigantesque parasol naturel qui offre une température entre ombre et soleil, parfaite.

Pancakes aux légumes et petit film en famille, la soirée est aussi calme que la journée, et chacun commence à rêver de nouvelles expériences.