Arrivée en Italie

Chers lecteurs assidus et moins assidus, réguliers et moins réguliers, pardonnez le retard de ce post qui aurait dû être mis en ligne il y a bientôt trois semaines. Depuis, nous avons découvert une nouvelle ferme, une nouvelle famille, un nouveau mode de vie. Nous nous y sommes plongés pleinement quitte à délaisser un peu notre cher carnet de voyage. Mais voilà qu'on y remédie enfin !

Récit de nos derniers jours en France et de notre arrivée en Italie...

Nous sommes passés dans la famille, chez l'oncle et la tante de Laurent pour commencer, près de Narbonne. Un accueil chaleureux en bons produits, belles discussions et grandes promenades dans les vignes. A Mèze ensuite, notre petite ville méditerranéenne préférée. Retrouvailles avec les grands-parents. Effusion de joie en sautant dans les bras de Babo et Nona. Ici aussi c'est les vacances, le soleil est généreux, la température est douce voire vraiment oppressante parfois. La piscine est rentabilisée, encore. Balade sur le port, à pied ou en bateau, c'est le bonheur. Même le glacier a droit à sa visite. On en profite car on sait qu'ensuite, on repart pour de longs mois, sans escale en pays connu.

Calmette

Au bord de la rivière, le soleil s'étire encore de sa nuit, la lumière filtre à travers les arbres. Là où les rayons touchent l'eau, on aperçoit le fond et des milliers de petits poissons. Les enfants ont sorti la canne à pêche, du maïs et leur patience. Posés sur un rocher, ils observent la surface calme et espèrent que leurs petits grains d'or attireront les habitants aquatiques. Soudain, c'est un hurlement de joie qui traversent le silence, un poisson se tortille au bout de l'hameçon. Léa, partagée entre fierté et culpabilité, présente son trophée à Laurent qui le décroche délicatement et lui rend sa liberté. "Tu crois qu'il a mal, papa ?". Pas facile pour elle d'accepter le plaisir pris à apprendre à pêcher alors qu'elle aime tant les animaux, tous les animaux. Gabriel est fasciné par l'activité, par les connaissances de son père en la matière. Le cadre est idyllique, les arbres de la rive se reflètent dans l'eau et dessinent un tableau impressionniste dans toutes les teintes de vert et de bleu. Monet serait jaloux.

La Garde-Freinet

Petit village médiéval perché sur les hauteurs du Var, les ruelles en sont tordues. Plusieurs sentiers de randonnée partent dans les montagnes. Les enfants sont devant avec le chien, le GPS en main, direction une cache (appli Geocaching). La chasse au trésor leur permet d'abattre six kilomètres sans se plaindre sur les cinq premiers. Le décor est impressionnant, à flanc de montagne on se sent minuscules au regard de la vallée. La forêt s'écarte parfois le long du sentier, rendant la vue vertigineuse. On s'inquiète parfois en voyant Lucky courir le long du ravin. Les roches sur lesquelles on marche sont métalliques, le chemin est scintillant au soleil.

On se rapproche de la frontière italienne, les Alpes se dessinent devant nous. Le relief est de plus en plus accidenté, c'est excitant ! C'est par un mince col de montagne que le panneau "Italie" est franchi. Gabriel est déçu, il aurait aimé s'arrêter afin de sauter au-dessus de cette ligne imaginaire, celle qui sépare deux pays, pour les êtres humains uniquement. Mais il est impossible de s'arrêter dans ce labyrinthe de virages qui monte et qui descend...

Imperia

Nous avons passé la frontière italienne, nous voilà sur le prolongement de la côte d'Azur. Pas encore de dépaysement. Mêmes plages privées, même enfilade de villes touristiques, même difficulté à se garer. On regrette déjà la montagne. Un petit parking à flanc de rocher nous permet néanmoins d'aller mettre les pieds dans l'eau. Le soleil dore la peau de nombreux habitués, leur bronzage semble pourtant déjà au maximum de ce qu'il peut donner. On sent que l'on doit choisir entre la foule du bord de mer, et les petites routes sinueuses de l'intérieur des terres. Coincés entre les Alpes et la méditerranée. Alors on ricoche de la plage à la montagne, comme les galets que les enfants lancent sur la surface de l'eau.

Cisano Sul Neva

Petit village sur les hauteurs liguriennes, ici la vie se réveille tôt. La cloche de l'église toute proche a chanté dès six heures, suivie par les voix des habitants humains et canins. Alors nous voilà debout aux aurores, alors que le soleil dort encore. Après un bon thé, on sort pour observer notre astre préféré sortir des bras de Morphée. Quelques nuages épais enserrent encore l'horizon, un puits de lumière apparaît à leur base, un rayonnement or qui frappe le sol des montagnes. On dirait l'entrée du paradis. La petite plaine de jeux qui trône sur la place sur laquelle nous sommes garés accueille les rires de nos enfants qui prennent leur dose de balançoire. On regarde la carte d'Europe collée sur notre table, dans quelle direction souhaitons nous aller ? Longer la côte jusqu'en Toscane ? Traverser d'ouest en est jusqu'en Vénétie ? Notre envie vacille...

Hésitation

Depuis quelques jours seulement sur le sol italien et le découragement nous gagne… Se garer sur la côte relève du miracle, tout est interdit aux campings-car. Grimper dans les Alpes n'est pas évident non plus, la plupart des routes qui ne sont pas des autoroutes sont étroites et sinueuses. On se sent limités et vous le savez, on n'aime pas ! Depuis quelques mois, notre idée était de descendre la botte italienne et de prendre un bateau jusqu'en Grèce. Mais en consultant un peu les sites, en se basant sur notre expérience, on se demande si la balance ne penchera pas davantage du côté de la frustration ou de la course contre la montre. Nous, on aime notre équilibre et on ne le dérange pas à n'importe quel prix. Et puis vient l'idée de nous reconnecter au site de volontariat qui nous avait permis de trouver du travail à la ferme. Peut-être y a-t-il un nouvel endroit, une nouvelle famille à rencontrer ? Entre temps, Antoine (frère de Cécile) nous a annoncé qu'il n'était pas très loin de l'Italie et qu'il avait la ferme intention de lever le pouce jusqu'à nous rejoindre...

Milan

En périphérie de Milan, à l'orée d'un parc verdoyant, nous attendons notre nouvel invité. Encore un voyageur de chez nous qui nous rejoint le temps d'une parenthèse familiale. En fin de journée, c'est l'explosion de joie. Tonton Toine est arrivé ! Il pose son gros sac à dos contre le camping car et fait voler son neveu et sa nièce dans les airs. Un bon repas se prépare et c'est parti pour une semaine de papote, de jeux, d'échanges, de moments philo et de moments déconne.

Alserio

Nous avons trouvé un petit coin de nature, point de départ de grandes balades, mais à deux pas du village. Tantôt à pied, le long du lac, dans la forêt, on marche au milieu des arbres qui s'emmêlent. Chacun son tour sur les épaules de tonton, chacun son tour raconte ses souvenirs préférés du voyage, ses découvertes et ses projets. Tantôt à trottinette, les enfants loin devant, en direction du village et de sa plaine de jeux. Antoine participe à tout, la marelle comme la vaisselle, les sorties du chien et les soirées entre humains.


Tôt le matin, balade avec le chien. La prairie est couverte d'une chape de brume, la lumière est blanche et faible. Les arbres traversent la rosée fumante comme des fantômes qui voyagent sur des nuages. Les sommets alpins ont la tête perdue dans le ciel cotonneux. C'est étrange d'observer cet entre-deux, comme si la vie était suspendue entre la terre et le ciel. L'humidité est telle que les poils du chien frisottent.

Le voilà parti devant sur le sentier herbeux, il galope dans un nuage de gouttelettes qui s'éparpillent sur son passage. Un moment hors du temps, un moment privilégié. La plupart des habitants du camping car sont encore endormis, bien au chaud dans leur cocon de couette et d'oreiller. Au retour de la promenade, les yeux se frottent, l'odeur du café plane déjà dans l'habitacle. "Tu es déjà réveillée, maman ? Tu étais où ?". En balade dans la campagne endormie, réveillée en chemin au milieu d'une nature humide et calme.


Milan, à nouveau !

Journée pluvieuse, ça faisait longtemps. On avait décidé de visiter la ville en ce mercredi, veille du départ d'Antoine. La météo n'était pas prévue mais il en faut plus pour nous arrêter. La marche sera longue mais parsemée de monuments à découvrir, de l'extérieur en tous cas. Les files sont longues pour avoir son ticket, les chiens rarement acceptés. Les rues de Milan sont bondées, même en semaine. Les scooters sont les plus dangereux, ils passent par tous les moyens, sur les trottoirs, entre les piétons, il faut être vigilants. On passe devant l'église Santa Maria delle Grazie, elle abrite la fameuse dernière Cène de Léonard de Vinci. Un bâtiment ocre et blanc, imposant et pourtant coincé entre d'autres immeubles ce qui la rend peu visible de loin. Un kilomètre plus loin, on approche de la piazza del Duomo où trône la troisième plus grande cathédrale d'Europe, habituellement appelée Dôme de Milan. Il a fallu 600 ans pour que cette immense bâtisse soit achevée. On tourne autour et Antoine propose d'estimer le nombre de statues qui orne la façade extérieure. Léa propose 2400, Gab 3000 et Laurent 3500. C'est ce dernier qui remporte le jeu, il y en 3400, toutes en marbre, sans compter les gargouilles ! De retour au bercail, on a bien mérité un chocolat chaud ! On se blottit, on se cajole, on sait que demain sera un jour difficile, on l'avait bien adopté notre tonton Toine ! Réjouissance tout de même car nous avons une réponse de la ferme que nous avions contactée !!


Alors les larmes qui devaient couler coulent en laissant notre passager éphémère sur le bord de la route. Il agite son mouchoir d'un geste théâtral, un sourire triste au coin des yeux. Et nous voilà en route pour le Nord, direction Sagliano Micca, une nouvelle aventure nous y attend...

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